
Architecte, urbaniste et designer
Les centres commerciaux reflètent la culture de notre époque
Architecte, urbaniste et designer, Jean-Michel Wilmotte travaille sur plus d’une centaine de projets en France et à l’étranger, avec à ses côtés une équipe de 180 personnes. Il développe le concept d’ « architecture intérieure des villes », afin de traiter l’espace public avec le même soin que l’espace privé. Jean-Michel Wilmotte a conçu, pour Altarea Cogedim, le centre commercial Toulon-la-Valette ainsi que l’éco-quartier de « Cœur d’Orly ».
Quelles sont les innovations architecturales en matière de commerce ?
Les clients sont de plus en plus exigeants car très sollicités ; ils ont besoin d’être surpris et de se sentir valorisés. Dès lors, la qualité architecturale devient essentielle. Auparavant réalisés par des architectes anonymes sous forme de parallélépipèdes, les centres commerciaux sont maintenant confiés à des « signatures », pour en faire des bâtiments charismatiques destinés à attirer les consommateurs. Cet espace se transforme en lieu de promenade où l’architecture favorise la déambulation. Le lieu devient presque plus important que son offre ; l’effet séduction commence avant même d’entrer dans le centre. Les centres commerciaux sont des projets intéressants car ils créent de l’espace public de qualité.
Quel est votre regard sur les nouvelles tendances du commerce ?
Les centres commerciaux reflètent la culture de notre époque. Ceux d’aujourd’hui se caractérisent par une recherche de bien-être, de loisirs et de fonctionnalité, avec une offre très diversifiée sur le même site. Je note une évolution dans l’art d’aménager l’espace, comme à Westfield à Londres, qui propose une vaste zone d’accueil, un merchandising inversé où les enseignes importantes se trouvent au premier niveau, des salons spacieux agencés par de nouveaux designers, de la lumière naturelle, un food court... A Tokyo, il y a des propositions étonnantes avec des enseignes innovantes où cohabitent produits et services, où des livres se mélangent avec de la restauration et de l’alimentation dans un cadre vintage. La surprise on l’a autant dans l’architecture que dans la proposition commerciale.
Comment voyez-vous le e-commerce ?
Acheter sur Internet comporte des aspects pratiques, notamment en termes de transport et de stockage, mais la dimension physique reste essentielle. Pour faire sa propre sélection et comparer les produits, il est important de voir, sentir, toucher, et cela n’est possible qu’en magasin.
Quel serait le centre commercial idéal ?
Le centre commercial idéal, c’est la rue. On essaie toujours de s’approcher au maximum des rues commerçantes ou des marchés à l’image de ceux de Kiev, de Saint-Pétersbourg ou des marchés italiens où se mélangent les populations, les produits frais, les cris et les odeurs. On retrouve un peu cette idée à Bercy Village avec une proposition originale en ouvrant la rue de chaque côté tout en restructurant les chais existants.
Outre la rue et ses marchés, j’adore les pépinières. On pourrait imaginer un centre commercial spectaculaire, avec de grandes serres climatisées accueillant une profusion de végétation, de l’eau, des odeurs et peut-être du son afin d’éveiller tous les sens. Ce serait une grande promenade dans un parc abritant des échoppes, facilement accessible en voiture ou par les transports en communs, avec des aires de livraison. Il reproduirait une rue commerçante dans un microclimat. J’aime l’idée que les centres commerciaux doivent vivre avec les cœurs de ville. Il faut créer un équilibre entre ces deux types de commerces car on a besoin des deux.